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27 février 2019
 

lettre ouverte au pape

En réponse à sa lettre au peuple de Dieu publiée le 20 août 2018, les membres de Que la lumière soit et de l’association Comme une mère aimante, se sont unis pour répondre au pape François.

 

Voir l’article de La Vie à ce sujet.

 

Très Saint Père,

Vous nous avez adressé une lettre au Peuple de Dieu cet été au sujet d’abus dans notre Église. Les révélations continuent, avec à chaque fois leur lot de tristesse, de vies déchirées, de trahisons. L’écart est tellement grand entre d’une part ces abominations commises par des serviteurs du Christ, et d’autre part l’Église que nous souhaitons, celle que nous vivons souvent et dont nous sommes membres, que nous trainons à accepter la réalité telle qu’elle est. Aimant l’Église comme les apôtres aimaient le Christ, nous sommes tentés de défendre ce que nous aimons, mais le Christ demande à son apôtre au jardin des Oliviers de ranger son épée. Pierre avait trahi le Christ, et nous avons collectivement trahi de nombreux enfants. Le Pape Benoit XVI nous a avertis : « la plus grande persécution contre l’Église ne vient pas d’ennemis du dehors, mais elle naît du péché dans l’Église ».

Vous appelez « chaque baptisé [à se sentir] engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin ». Baptisés et confirmés, nous vous répondons : « nous voici ! ».

Depuis cet été, nous avons essayé de mieux comprendre ce qu’il s’est passé, appréhender l’ampleur du drame, mesurer les responsabilités des uns et des autres, et les nôtres. Sur le passé, le travail d’enquête nous dépasse largement, et nous avons été très heureux d’apprendre la décision de nos évêques de confier à une commission indépendante le soin de faire le travail de vérité ! Qu’elle puisse être une base solide pour que la confiance revienne.

Nous souhaitons que toute la justice soit rendue, au niveau judiciaire et canonique ; et nous essayerons de ne pas chercher de bouc émissaire, de ne pas juger notre prochain.

Dans notre cheminement, nos cœurs se sont ouverts à la souffrance des victimes, et nous avons souhaité les rencontrer. Inspirés par la parabole du bon samaritain, nous avons pu écouter quelques victimes, espérant qu’elles puissent y trouver un certain réconfort. Nous avons ressenti de la tristesse et de la colère pour ce qu’il s’est passé, mais aussi une certaine paix de nous savoir à notre place, là, à côté de la personne qui souffre. Elles ont été blessées par notre indifférence générale, quand ce n’était pas de la défiance, voire l’exclusion de nos communautés, et nous souhaitons tout faire pour qu’elles puissent se sentir à leur place au milieu de nous, en sécurité.

Le témoignage de foi de certaines victimes comme Olivier Savignac nous a aussi bouleversés ! Après avoir été agressé par un prêtre, puis trahi par plusieurs responsables dont un évêque, exclu de la communauté locale, il témoigne de sa confiance dans le Christ qui l’a accompagné dans ses épreuves. Sa foi purifiée de tout cléricalisme nous semble un exemple à suivre pour changer notre culture ecclésiale ! Une autre victime nous a aussi montré que dans la parabole du bon samaritain, elle y voyait l’Église tombée aux mains des brigands.

Le chemin de guérison de l’Église se fera avec les victimes qui nous aideront à enlever la poutre dans notre œil. N’ayons plus peur de cette crise, cherchons à être purifiés ! Que notre pardon ne soit plus utilisé pour esquiver la justice, que nous ne dissocions plus amour et vérité ! Que l’autorité soit toujours au service du bien commun ! « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent »

Très Saint Père, nous prions pour que chaque membre du clergé initie les changements nécessaires à son niveau. Nous renouvelons ici notre engagement à lutter contre ces abus et nous vous demandons, en plus de votre bénédiction, d’encore nous exhorter à sortir de nous-mêmes et à aller aux périphéries !

 

 

Les membres de « Que la lumière soit »
et de « Comme une mère aimante »